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L'Afrique du Sud à l'honneur au collège Jeanne d'Arc

Alors que le 13 février, on célébrait l'anniversaire du célèbre discours de sortie de prison de Nelson Mandela, le collège Jeanne d'Arc de La Roche-Chalais recevait en ses murs Deborah de Beer, fille de Zach de Beer, député progressiste blanc qui milita pour la fin de la ségrégation sous l'Apartheid.

 

Cette année, la classe d'anglais de 3e du Collège Jeanne d'Arc de La Roche-Chalais s'est penchée sur la question de la ségrégation à travers les exemples sud-africains et américains. Alors que nous parlions de l'Afrique du Sud en cours d'anglais, l'idée de rencontrer un(e) vrai(e) Sud-Africain(e) a progressivement germé dans l'esprit des élèves. Le défi ne paraissait pas impossible si l'on considère le vivier de personnes anglophones habitant la région. Après quelques recherches, nous avons eu la joie de trouver Deborah de Beer, sud-africaine installée à Chalais depuis maintenant quelques années. Les premiers échanges par mail furent très chaleureux et confirmèrent d'emblée de la part de celle qui se fait appeler "Debbie", un réel enthousiasme à venir témoigner dans notre collège.

Nos jeunes se sont préparés avec grand sérieux et ont pris soin de rédiger une liste conséquente de questions qui ont permis d'alimenter l'échange.

D'entrée de jeu, il a été convenu avec le professeur d'anglais que le témoignage de Debbie se ferait "in English". Devant les élèves captivés, Debbie a donc formulé des phrases courtes agrémentées de mots simples et a très vite abordé la questions de sa jeunesse en Afrique du Sud. L'histoire de Debbie commence en 1958, son année de naissance, à une époque où le régime de ségrégation de l'Apartheid n'est pas loin d'être à son apogée. Elle est elle-même issue de la minorité blanche qui domine alors le pays. Les ancêtres de Debbie sont les Boers, ces colons néerlandais venus occuper la péninsule du cap de Bonne-Espérance à partir du XVIIe siècle. Mais l'histoire de Debbie est singulière. En effet, son papa, un certain Zach de Beer, est un homme politique influant. Son parti politique, est le seul parti officiellement autorisé à s'opposer à la ségrégation sous l'Apartheid (alors qu'au même moment, l'ANC de Nelson Mandela est purement et simplement illégal). Autrement dit, ce système absurde n'accepte qu'on s'oppose à lui que si on a la légitimité de la peau blanche ! En écoutant Debbie, les élèves ont perçu des nuances dans le récit de cette histoire. Ils prennent conscience notamment du fait que concernant l'Apartheid, et même d'autres périodes de l'histoire de l'humanité, il faut peut-être se garder de simplifications un peu trop binaires : les noirs, les blancs, les gentils, les méchants. Étant petite, Debbie se souvient qu'elle ne comprenait pas pourquoi sa nounou de couleur noire, cette femme qu'elle chérissait, ne pouvait s'asseoir sur le même banc qu'elle quand elles allaient au parc. L'histoire laisse des traces. Au lendemain de l'élection de Nelson Mandela à la tête du pays en 1994, le président lui-même nomme Zach de Beer au prestigieux poste d'ambassadeur de l'Afrique du Sud auprès des Pays-Bas.

Aujourd'hui, Debbie est toujours très connectée à l'Afrique du Sud et notamment à travers la nature qu'elle aime parcourir à l'occasion de treks comme autant de moments d'inspiration pour ses oeuvres en céramique qu'elle réalise à Chalais.

Debbie reconnaît que la situation en Afrique du Sud s'est globalement améliorée depuis la fin de l'Apartheid. Il y a des noirs riches et des blancs pauvres : une nouveauté.

L'élan de réconciliation, s'il existe, ne saurait masquer une inaptitude plus profonde de certains Sud-Africains a pouvoir toujours vivre ensemble. Debbie nous raconte la fois où elle s'est perdue en voiture dans un township. Elle nous confie avoir ressenti beaucoup de peur ce jour là (une peur finalement assez humaine, la peur de l'inconnu, la peur d'être la minorité). Cet épisode s'est finalement soldé par le secours spontané d'habitants du township qui ont eu à coeur de la conduire à sa destination finale. Peut-être que cette expérience aurait pu mal tourner mais elle s'est au contraire bien terminée. Comme le clamait Nelson Mandela, "le courage n'est pas l'absence de peur mais la capacité à vaincre ce qui fait peur" et à ce titre, nul doute que "l'éducation est l'arme la plus puissante pour changer le Monde."

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